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Full text of "La linguistique considérée comme critérium de certitude ethnologique [microforme]"

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(IVIonograplis) 



ICMH 

Collection de 
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Can.dian Institut* for Historical Microraproductiont / Institut canadisn da microraproductions historiquas 




1996 



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antiraly includad In ona axpoaura ara flimad 
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right and top to bottom, aa many fiamaa aa 
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L'axampiaira fllm4 fut raprodult griea à la 
généroaité da: 

Bibliothéqu MoritMt 
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Laa Imagaa autaantaa ont «té raproduitaa avac la 
plua grand «oin, compta tanu da la condition at 
da la nattaté da l'axampiaira flimé, at an 
conformité avac laa condHIona du contrat da 
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Laa axamplalraa originaux dont la couvartura »n 
paplar aat Impriméa lont fliméa an commençant 
par la pramiar plat at an tarminant aoit par la 
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plat, salon la caa. Toua laa autraa axamplalraa 
originaux sont filmé* an commançant par la 
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d'Impraaaion ou dllluatratlon at an tarminant par 
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ampralnta. 

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damléra Imaga da chaqua microflcha. salon la 
caa: la aymbola -^ «ignifla "A SUIVRE", la 
aymbola ▼ aignifla "RN". 

Laa eartaa, planchaa. tablaaux. atc., pauvant étra 
fliméa é daa taux da réduction différant*. 
Loriqua la documant aat trop grand pour étra 
raprodult an un *aui cliché. Il aat flimé é partir 
da l'angla aupériaur gaueha, da gaucha é drolta. 
at da haut an baa, an pranant la nombra 
d'Imagaa nécaaaaira. Laa diagrammas suivanta 
llluatrant la méthoda. 



1 2 3 




1 


2 


3 


4 


5 


6 



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RochMltr. New Tort" 14609 USA 

(716) *B2 - 0300 - PHon« 

(716) 28ê-5989-Fo. 



— : 



La Linguistique considérée comme critérium 
de certitude ethnologique. > 

Par le K. P. Morice, O. M. I., Kamlnnps, HrilWi Cohimbi.n, Ciiiiidi. 



Notre siècle est éminemment un siècle de recherches et de 
critique. Pour se croire en pleine possession de la vérité, l'homme 
réclame aujourd'hui plus que l'héritage de données scientifiques 
que lui ont léguées la tradition et l'histoire. Une exubérance 
d'activité intellectuelle le pousse constamment à de nouvelles 
investigations, des faits dont l'exactitude scmtilait acquise, des 
assertions maintes fois répétées et qui paraissaient destinées à 
braver l'assaut des âges servent de thèmes à une multitude de 
savants plus ou moins diplômés qui les pèsent dans la balance 
de leur puissant intellect et parfois les déclarent manquer de 
justesse. De nouvelles acquisitions dans le domaine de la science 
ou même des phénomènes d'occurrence quotidienne que nos pères 
ne songèrent jamais à étudier en critiques sont de même analysés, 
leur cause est recherchée, leurs relations examinées et leurs effets 
d'iment appréciés. L'homme, de nos jours, a besoin de se familiariser 
avec son milieu; il voudrait pénétrer les arcanes de la nature, mais, 
avant tout, il désire se connaître lui-même, savoir son origine, 
son histoire et sa vraie place dans le monde relativement à ses 
congénères. D'où les nombreuses sciences qui ont surgi comme 
par enchantement depuis le commencement de ce siècle, sciences 
qui, directement ou indirectement, ont presque toutes l'homme 
pour sujet principal. Telles sont, par exemple, l'anthropologie et 
ses corrélatifs, l'anthropométrie, la sociologie, la mythologie, 
l'archéologie et la philologie. 

') |La tl'èsc que l'illustre atncricanistc ici défend est celle de presque 
tous les amériCanistes. Elle ne saurait Être confondue avec l'opinion des 
savants qui pTéteiidcnî la nullité absolue ou prcsqu' absolue des autres sciences 
auxiliaires de !'_:' noiogie. Uu reste l'autciir cxpliipiera et démontrera sa thèse 
dans une sé.ie d'articles traitant à fond et enihra>sant toute l'etlinojiraphie et 
la linguistique des Indiens Dcnés dont sans doute il existe la première autorité. 

-I 3. 



Grâce à ces prcciciix auxiliaires, l'élude de l'homme ne manque 
jamais de révéler de notables différences dans l'espèce, soit que 
ces différences portent sur le type, les coutumes, la langue ou les 
progrès matériels on psychologiques D'un autre côté, la com- 
paraison et la col ,ion de ces divers points donnent elles-mêmes 
tiaissance à une nouvelle science, l'ethnographie. 

La valeur intrinsèque de telles recherches ne pourrait guère 
s'exagérer, mais l'impo-tance relative de chacune de ces branches 
de la science considérées comme critériums de certitude ethnique 
est très inégale. On entend souvent parler de crâniométrie et autres 
mensurations anthropologiques; nns revues savantes regorgent de 
descriptions des us et coutumes des diverses nations du monde; 
leur organisation sociale est maintes fois présentée à notre appré- 
ciation, tandis que l'archéologue ne se lasse pas davantage de 
soumettre à notre jugement les prétentions de sa science favorite. 
Et pourtant, quand il est question de déterminer sans ambages 
et sans crainte d'erreur les différences ethnographiques sur lesquelles 
est basée la division du genre humain en races distinctes, la 
philologie a, seule, droit à tout notre respect et à une confiance 
illimitée. Comme le dit Gallatin, ,1e langage est un monument 
des affinités primordiales plus durable que le type phys'- •?, et 
il n'existe aucune tribu, quelle que soit sa position dans 1' iv'ers, 
qui ne puisse fournir cette preuve d'affiliation."') 

Démontrer que cette assertion est loin d'être exagérée fera 
l'objet de la présente étude. Pour cela nous passerons en revue 
les diverses branches de la science anthropologique et nous nous 
efforcerons d'apprécier leurs états de services relativement à la 
différenciation des races. 

Examinons d'abord les prétentions de la physiologie 
au titre de critérium infaillible de certitude ethnologique. Nous 
nu tarderons pas à nous apercevoir qu'elles sont fondées sur les 
aveugles prédilections des théoristes et de ces savants qui exagèrent 
l'importance de la matière aux dépens de l'c :irit. Sans doute, 
les divisions primaires de l'espèce humaine en blancs, nègres, etc.! 
sont basées sur des particularités phy:,iologiques. Mais l'ethnologie! 
en tant que science distincte, ne s'occupe guère de divisions . - 
caractère si général. Personne ne se basera sur la couleur d'un 

') Am. Antiquarian, coll. vol. 11. 



individu ou d'un groupe d'individus pour leur assijjncr telle ou 
telle nationalité. Le teint comp'i- assez peu dans la balance 
de l'cthnotoKic. Le physique des indijiènes de la péninsule 
indienne diffère certes assez de celui des nations de l'F.urnpe 
occidentale, et pourtant la linguistique nous assure que les Indo- 
Européens ne forment qu'une seule et même iatnille d'êtres 
apparentes. Les habitants de l'Abyssinie, bien que parfaitement 
noirs, n'en appartiennent pas moins, par leur origine, au stock 
sémitique et par conséquent à une race blanche. ,Sous l'influence 
du soleil, des Mongols sont devenus aussi bistrés que des nègres, 
tandis qu'il y a dans les régions tropicales des blancs qui, sous 
le rapport du teint, pourraient passer pour de vrais Mongols."') 
Ainsi en est-il des cheveux. Certains anthropologues ont 
attaché la plus grande importance à ce point du physique humain; 
quelques polygénistes ont même essayé de baser leurs divisions 
ethniques sur un détail si banal. Mais la couleur des cheveux 
varie tellement, même entre représentants de la même race, qu'on 
ne saurait sans témérité la citer comme un facteur de tant soit 
peu d'importance ethnographique. Les cheveux blonds passent 
généralement pour un indice certain de sang aryen, et pourtant, 
même chez les aborigènes de l'Amérique où, de l'aveu de tout 
le monde, les cheveux changent le moins de couleur ou de forme, 
les chevelures de teint clair ne sont point la grande rareté que 
certains anthropologues ont tant prônée. Mon expérience personnelle 
me permet de souscrire sans réserve à l'assertion du docteur 
Brinton qui remarque que, parmi eux, ,les cheveux sont rarement 
complètement noirs; examinés à une lu.nière réfléchie, ils laissent 
généralement percevoir une légère teinte rouge. Cette nuance est 
très apparente chez certaines tribus, surtout parmi les enfants. 
Le plus souvent plats et grossiers, leurs cneveux sent pourtant 
quelquefois fins et soyeux, quand ils ne sont pas ondulés et 
bouclés." -') 

Il y a quelque vingt ans, un savant habitué à attribuer L- 
plus grande importance aux cheveux considérés comme moyen de 
différencier les races humaines, le docteur Waldeyer, alors professeur 
d'anatomie à l'Université de Strasbourg, dut avouer que ,ce serait 



') Topinard, Revue danlhropolonie. octobre lS«(i, p. 
■-) The American Race. New-York, 1891, p. .39. 



594. 



— 4 — 



une fatale erreur que de distinnucr les races d'après la seule 
caractéristique de la couleur et de la forme des cheveux." ') 

Soit; la couleur de la pe ■ et des cheveux n'est qu'un pur 
accident, observera peut-être quelque anthropologue, mais on n'en 
peut dire autant de la conformation et de la capacité du crâne 
humain. Ce à quoi je réponds: il est admis que la différence 
entre les crânes des Européens et ceux des nègres est notable et 
même essentielle; mais cette dislinctinn est d'un caractère presque 
aussi général que celui de la couleur de la peau. Les particu- 
larités crâniennes peuvent prétendre à quelque influence relativement 
à la classification primaire du genre humain; elles sciaient de peu 
de valeur aux yeux de l'observateur désireux de différencier les 
diverses races ou nationalités. 

Et n'oublions pas ici que nous avons à compter avec les 
dépressions, allongements et autres déformations artificielles du 
aâne. Or, les savants n'ignorent pas que ces pratiques ne sont 
pas le fait des seuls Indiens de l'Améi.que; d'autres races les 
connaissent. Même de nos jours, elles se rencontrent dans certaines 
parties de la Turquie et même de la France. D'un autre côté, 
les auteurs grecs et latins nous apprennent qu'elles étaient aussi 
en honnrur dans l'antiquité. Poussées à un degré exagéré, ces 
déformations artificielles ne trompent point un craniologue exercé; 
mais, en d'autres cas, où est le naturaliste qui tracera, sans crainte 
dt se tromper, la ligne de démarcation entre les crânes naturellement 
allongés et ceux qui doivent leur forme à une légère manipulation ? 

De plus, d'après les physiologues, le genre de vie de l'individu 
exerce une très notable influence .ur la conformation de son crâne. 
Pritchard cite cet exemple frappant: J\ y a deux cents ans, une 
grande multitude d'Irlandais furent refoulés des comtés d'Antrim 
et de Down vers le rivage de la mer, -" ils ont depuis vécu 
dans un état d'abjecte pauvreté. La conséquence en a été qu'ils 
se distinguent encore par d^s traits physiques dénotant ime 
dégradation exceptionnelle. Ils or ; la bouche béante et en saillie, 
les dents très fortes et les gencives découvertes, tandis que leurs 
pommettes proéminentes et leur nez épaté suggèrent l'idée de 
barbarisme."') 



') Atlas der menschlichen und tiensdien Uaare 
') Histoire naturelle, 3» édit., vol. I. 



Une miilalion dans la condition sociale afiecte, paraît-il, non 
"l'ulcmcnt la forme du crûni'. mais mOme la striiclure physique 
enti*-e de l'individu puisque le m*nie autc. r ajoute: .Ils ont en 
moyenne 5 pieds 2 poucis de hauteur; ils sont ventrus, montés 
sur de longues jambes «ri^lfs, et ont des traits d'avorlons. Une 
stature au-dessous de la moyenne et une tcnui'é anormale des 
membres sont partout l'indice d'une coiidition abjecte et barbare. 
On le voit surtout chez les Bushmen et les abori|;ènes de la 
Terre de Feu et de l'Au ralic."') 

Mais l'argument le pliis plausible contre les prétentions de la 
craniométrie à être regardée con.nie un sûr critérium d'identité 
ethnique consiste en ce que la fornie et l.i capacité du crâne varient 
presque toujours d'une manière très renia quable, même dan: la 
même race, '.insi, pour ne citer qu'un e,;emple, .de 24.5 crânes 
péruviens qi.i se trouvent dans la collection de l'Académie des 
sciences naturelles de Philadelphie, 168 sont brachycéphaliques, 
50 dolichocéphaliqucs et 'J7 mésocéphaliques."-') D'un autre côté, 
le docteur Hciisels assure que les crânes d'Indiens Coroados du 
Mexique qu'il a examinés correspondent, sous tous les rapports, 
à ceux d;s Allemands.') Il ne faut donc point s'éionner si un 
ethnographe de la force du docteur brinton en est venu à déclarer') 
que la forme du crâne n'est point un facteur invariable en anatomie 
humaine et que, par conséquent, elle n'a que peu de valeur 
quand il est question de différencier les racet. 

Il me semble que nous avons péremptoirement disposé des 
titres di l'anthropométrie cnsidorée comme moyen de déterminer 
les distinctions raciales. Mau que penser des services rendus par 
la sociologie à l'ethnographie? Ils sont précieux, sans doute, 
et pourtant, comparée à la linguistique, la sociologie se trouve 
dans la relation d'un accessoire au principal. La philologie dif- 
férencie presque infailliblement les diverses races; 1,\ sociologie 
confirme ou suggère ces divisions au moyen de données qui sont 
généralement, bie . que non invariablement, d'importance secondaire. 

On trouve, de par le monde, une infinité de coutumes et 
d'otservances dont 1' niversalité n'est de service à l'ethnogra'phie 



') Uiïi sup'-a. 

2) The American Race, par le docteur Brinton, p. 210. 

3) The American Race, p. 39. 
*) Ibid: passim. 



- 6 — 

qu'en tant qu'elles confirment .nar suRueslion lunitO de 1 >,pécc 

di ces praluiues: la c. rco „ cis , on Aux veux <lu vuluaire, elle est 
caraclenst,que .u la nation juive; n.ais il" n'en est pas moins ce 

As, d après Herodo e ies K,.yptiens se e.rconcisalent. non „u,in, 
qui les htlnopiens. L épitre de Harnat... „o„s est um «arant que 
U'S Arabes et les Syriens en faisaient autant. I.a même remarque 
Napphque eKalmenl, dapré. saint .lérô.ne, n la majorité de, 
Idumeens, des Ammoni.es, des Moat)iles et des Ismaélites | es 
mahomelans pratiquent aussi la circoncision, et ce rite' a été 
introduit partout où le Coran a pénétré. 

e,„.-.J!If • ''""!:°"- '""' ''* '"■"'""• '""'''^ '"'""' ''"'""«•■^ ou 
e. ermites, appartiennent an .léine stock et. puisqu'ils connaissent 
tous la circoncision, la seule déduction qu'on doive en tirer c'est 
que dans ce cas. la sociologie est en parfaite harmonie avec la 
ph.loloKie. et. par conséquent, la valeur de I,, première considérée 
comme critérium ethnique, loin d'en être .wfaiblie, en est au 
contraire Rrandement aut-mentée. Ce raisonnement ne manquerait 
pas de force, r, était que la pratique en question était commune 
i à autres familles non .sémitiques. Qu'en devons-nous penser 
quand nous voyons la circoncision en honneur chei des races 
complètement hétéroRènes? Or, c'est un fait avéré qu'elle était 
connue des habitants préhistoriques du Mexique, et, aujourd'hui 
nous la trouvons chez des peuples de caractère ethnique très divers' 
comme, par exemple, chez les Cafres, chez les insulaires des îles 
Amis, chez les natifs de larchipel Indien, à Madagascar, aux 
Philippines et même chez les Hottentots. Bien plus. P ,tot 
prétend en avoir découvert des vestiges jusque parmi les Dénés 
de l'extrême nord de l'Amérique, sous le ceJcIe polafre. Evidemment 
une coutume si répandue peut tout au plus servir à prouver l'unité 
de 1 espèce humaine; on n'en saurait tirer un argument en faveur 
d une affinité raciale entre les peuples qui la pratiquent. 

Je pourrais citer une foule d'autres observances qui n'ont 
pas plus d'importance aux yeux de l'ethnographe. On nous 
apprend que les Cafres ont en horreur la viande du porc- faut-il 
en conclure qu'ils sont de descendance juive? Les Indiens Kansas 
se rasaient la tête; or. les Egyptiens en agissaient de même 
Chacun connaît les fameux troglodytes du Colorado et de la vallée 



i 



de Gilu; or, M. A. Hiirvcy, le <:u;iiit i-x-présidiMil de rin>lilul t.1,1,1- 
dieii de Toronto, iiois parlai! receiiiiiietit de Iroylodylis parfailiniiiit 
authentiques, qu'il av.iit lui-inOme observés, non pas dans un coin 
rcculO du coiMnunl américain, uiai> au beau milieu de l.i t'r.iiuv.'» 
D'une similarité d'habitation en déduirons-nous une identité de 
race? Une réponse affirmative ne serait, j'imagine, «uère du ^^où^ 
de nos compatriotes abitant des cavernes iln .V.idi. 

En outre, on trouve, dans le sud des Utats-Uins d'Amérique, 
les célèbres Puéblos qui, bien que devan 'ous leur nom an niéine 
Kcnre d'habitation, n'en appartiemient pas moins à des s^roupes 
ethniques différents. 

Mais, pour nous cantonner ■' s les limites de la sociolonie, 
nous lisons que les cheveux des veuves hindoues sont coupés ras, 
quand elles n'ont pas la téie complètement rasée. A la mort de 
leur mari, elles échangent leur joli costume contre des haillons 
sordides. Or. cette mé coutume s'observe, de nos joins, parmi 
les Babines et les Porteurs, deux divisions de la 'grande fannlle 
denée de l'Amérique septentrionale. Du temps des Pharaons, les 
dames égyptiennes en deuil devaient se raser les sourcils et déposer 
leur perruque, comme si, en pareille circonstance, le port même 
d'une apparence de chevelure eût et à leurs yeux, une infamie 
sociale. Et pourtant, quel cthnoKn e oserait s'appuyer sur une 
si fortuite similarité de coutumes pour assigner aux Dénés et 
aux races asiatiques une communauté d'oris;it.e avec les anciens 
Egyptiens ? 

J'.ii décrit ailleurs les banquets cérémonial qui suive:, l, 
chez les Porteurs, la crémation des morts. Or, nous lisons que, 
parmi les Géorgiens, dès qu'un cadavre a re(;u les honneurs de la 
sépulture en présence d'un vaste concours d'étrangers, les hôtes 
doivent prendre part à un festin digne d'un Pantagruel. 

1) Cellic, Roman and Orefk lypi's. ctt Trani. Cm InsI,. vol. II. p. ISl. 

2) .Des bcEufs soiil tués, des mitres pleines de vin de Kakliétlc sont 
dcboucllces, et le Iwlre et le Mans r continuent jusqu'à ce que les IhMcs roulent 
sous 1.1 table, je veux dire sur l'herbe, où ils se tiennent accroupis en face des 
aliments. Un mois après la mort de celui qu'on veut ainsi honorer cl au jour 
anniversaire, les mêmes scènes pathétiques, les mêmes réjouissances recommencent. 
On parle encore des funérailles d'un certain Déopliale Après un délai de 
trois semaines. 80 (XX) personnes se trouvèrent rassemblées dans les enclos des 
bètes à cornes, et les cris et les hurlements s'entendaient j plusieurs milles à la 



— 8 — 



Qui n'a entendu parler des pleureuses à gages de l'ancienne 
Rome? Les mêmes marques d'un chagrin de commande étaient 
familières aux Juifs, comme elles le sont aujourd'hui à la plupart 
des tribus américaines, comme elles le sont, à un degré encore 
plus exagéré, aux Chinois modernes, puisqu'un livre intitulé: 
Comment doivent se comporter les vrais Fils du ciel décerne une 
mention honorable à une certaine Chinoise qui avait pleiré si 
bruyamment son défunt mari, que les murs de la cité en avaient croulé- 

De plus, nous devons observer que la manière de disposer 
des morts, que ce soit la crémation, la sépulture ou la momification, 
n'a rien à faire avec la classification des races. Toutes ces dif- 
férentes pratiques, ou du moins les deux premières, étaient fré- 
i. .mment contemporaines chez des peuples étroitement apparentés, 
ou même, dans plus d'un cas, chez des fractions colimitrophes 
d'une seule nation. D'un autre côté, des races hétérogènes ont, 
plus d'une fois, adopté la même manière de traiter les cadavres. 
Si l'Egypte eut ses momies, on peut en dire autant du Pérou 
préhistorique et même des îles de la Reine Charlotte, dans la Co- 
lombie britannique.') 

On pourrait ajouter à ce qui précède le fait encore plus si- 
gnificatif que l'organisation de la tribu et le système des clans 
propre aux aborigènes de l'Amérique varient notablement même 
entre tribus du même groupe ethnologique. Quelques-unes sont 
gouvernées par l'autorité patriarcale, tandis que d'autres portions 
de la même race, parfois même des tribus colimitrophes, recon- 
naissent, le principe matriarcal ou le droit de la mère comme la 
loi fondamentale de leur constitution. 

Voudrait-on soumettre à notre considération les titres de la 
psychologie relatifs à la différenciation des races? On con- 
staterait bientôt que cette science est alors un guide encore moins 
sûr. Car, bien que nous ne puissions pas reconnaître les mêmes 
facultés psychiques à tous les peuples, ce n'en serait pas moins 

ronde. Le banquet dura trois jours pleins, et des troupeaux de bœufs et des 
moutons furent massacrés pour orner ensuite les broclies des cuisiniers." (Vicomte 
de Vogue, dans Harper's Monthly, juin 1890.) 

') .Un Indien, qui me servait de guide, me fit voir plusieurs cavernes où 
les sauvages enterraient autrefois leurs morts. Nous en examinâmes quelques- 
unes et ouvrîmes plusieurs des bottes qui contenaient les restes des anciens habi- 
tants. Dans chaque cas. nous trouvâmes ie cadavre momifie avec les membres repliés 
absolument de la même manière que les momies mexicaines.* (James Swan, dans 
le journal de Victoria, Colonist, août 18-2.) 



— 9 — 

outrepasser les bornes de la vérité que de soutenir la congénéitc 
de deux races par cela seulement qu'elles possèdent un égal degré 
de culture ou de barbarisme. Aristote déclare qu'une nation, chez 
les Thraces, était si primitive au point de vue psychologique, que 
son arithmétique n'allait pas au delà du chiffre 4 '). D'un 
autre côté, on nous apprend que les Chiquitos, Indiens de 
l'Amérique du Sud, ne dépassent point l'unité dans leur système 
de numération. Pour tout nombre complexe, leur rude langue a 
recours à des termes de comparaison tels que, par exemple: autant 
que les yeux d'une personne, autant que les membranes d'une 
patte de corbeau, autant que les doigts d'une main, et ainsi de 
suite. Les Tasmaniens peuvent compter jusqu'à deux, mais pas 
davantage. Les noirs de l'Australie vont un peu plus loin; ils 
disent: un, deux, deux-un (trois), deux-deux (quatre); puis ils 
ajoutent: plus de quatre, c'est-à-dire un nombre indéfini. Or, il 
est évident que des races d'habitat si distant, si isolé, bien 
qu'identiques sous le rapport de l'indigence psychique, n'en sont 
pas moins totalement distinctes au point de vue ethnologique. 

L'Egypte avait ses hiéroglyphes, mais le pays des Aztèques 
avait aussi les siens. Les premiers n'avaient qu'un point de 
supériorité sur les seconds, puisque les caractères américains, bien 
qu'en partie idéographiques, étaient aussi phonétiques. Quelques 
tribus aborigènes du Mexique avaient même fait tant de progrès 
en culture psychologique, qu'elles avaient inventé un système 
d'éaiture purement phonétique. De plus, les caractères cunéiformes 
des Assyriens n'ont-ils pas de signes équivalents dans les signes 
calculiformes des Mayas? Et les livres aztèques en parchemin ou 
en papier maguey ne pourraient-ils pas faire pendant aux rouleaux 
de cuir des Juifs et des Moabites et aux papyrus des Egyptiens? 
Pourquoi ne pas mentionner non plus le précieux calendrier des 
Aztèques qui reconnaissait les 365 jours de l'année solaire, et celui 
encore plus compliqué des Mayas, lequel, outre un cycle de 20 ans 
et un autre de 52 ans, comprenait un grand cycle de 252 ans? 
Ces calendriers, provenant de peuples emprisonnés entre deux 
océans, peuvent certainement figurer avec honneur à côté des 
cycles zodiatiques de la Perse et de l'Egypte. Par conséquent, 
des talents intellectuels d'égale portée ne sauraient servir à prouver 
une identité raciale. 



I) Problem.. sec. XV, 3, t. Il, p. 753. 



10 — 



La même remarque s'applique avec autant de force aux 
qualités comme aux faiblesses morales. Les Bushmen 
de l'Afrique australe et les aborigènes de l'Australie sont ordinai- 
rement mis au rang des créatures intelligentes les plus basses et 
les plus viles. On ne pourrait pourtant les classer pour cela avec 
les Caraïbes de l'Amérique méridionale, parmi lesquels les ma- 
riages entre père et fille ou entre Irère et sœur sont, dit-on, loin 
d'être rares. 

Mais il existe une autre science qui jouit aujourd'hui d'une 
grande estime parmi les ethnographes, je veux dire l'archéologi». 
Cepedant, même dans les circonstances les plus favorables, cette 
science ne peut guère déterminer que de très vagues divisions du 
genre humain, sans compter que, comme son nom l'indique, elle 
traite presque exclusivement du passé. Hormis, en quelques cas 
particuliers, aucune relique archéologique, surtout si elle appartient 
à l'âge de pierre, ne peut indiquer avec tant soit peu de précision la 
nationalité de l'artisan. Des ruines monumentales seraient peut- 
être un facteur plus puissant dans l'identification des races primi- 
tives. Pourtant, le style propre à ces monuments, les diverses 
formes de leur ornementation, en un mot, leur architecture par- 
ticulière, auraient alors plus de valeur que le seul fait de leur 
existence; mais il est douteux que même ces détails puissent pré- 
tendre au titre de critérium infaillible de certitude ethnologique. 
De semblables travaux se rencontrent, sous une forme ou sous 
une autre, dans le monde entier; et les conclusions ethnographiques 
auxquelles ils ont jusqu'ici donné lieu sont d'importance inapré- 
ciable. Le JVlexique a ses pyramides non moins que l'Egypte. 
L'honneur de nous avoir laissé des monuments historiques 
n'appartient pas exiusivement à la Grèce et à l'ancienne Rome; 
les américanistes connaissent bien les Casas Grandes des Pumas,' 
les temples des Téotihuacans, les ruines de JVlitla et les superbes 
structures de Copan, de Palenque, etc., au Mexique, aussi bien 
que les murailles cyclopéennes des constructions péruviennes. Un 
fait, ne pas encore assez apprécié, est que de semblables ruines 
monumentales se recontrent jusqu'au fond des îles les plus reculées 
de l'océan Pacifique.') 

') Par exemple, sur nie de Pâques, qui se trouve à 2500 milles de l'Amé- 
rique du Sud, se trouvent de grandes plates-formes en grandes pierres de taille 
jointes ensemble sans être cimentées et dont les murs, du coté de la mer, ont 



11 



Quelle leçon nous ont enseignée ces monuments? Pris sé- 
parément, quelle nation de l'antiquité nous ont-ils permis d'iden- 
tifier? Leurs inscriptions nous ont, sans doute, fourni de précieux 
renseignements; mais des inscriptions, comme telles, se rattachent 
à la philologie plutôt qu'à l'archéologie. Dénués d'insaiptions 
ou de tout style d'ornementation déjà connu de la science, ces 
restes architectureaux n'ont guère d'autre importance que d'attester 
la soif d'immortalité innée au cœur de l'homme. Ce ne sont que 
de muets témoins d'un passé dont ils ne peuvent révéler les 
secrets. 

Mais, du moins, que penser des mounds? Ces tumuli ne 
sont-ils pas pas de caractère distinctement américain et ne peu- 
vent-ils pas prétendre à une très grande importance ethnographique? 
Tout d'abord, l'Amérique n'est point le pays exclusif des 
mounds; on en trouve ailleurs et en grand nombre, ne serait- 
ce qu'en Chine et en Ecosse, par exemple'). En second 
lieu, ces monuments grossiers n'ont de valeur ethnique que 
celle qui revient de droit aux reliques archéologiques qu'ils 
recèlent souvent dans leur sein. L'idée d'une race spéciale de 
bâtisseurs de mounds, bien qu'encore vivace en certains quartiers, 
s'évanouira le jour où le public savant se convaincra, avec les 

près de 30 pieds de hauteur et de 200 à 30O de longueur sur une trentaine de 
largeur. Quelques-unes des pierres taillées ont 6 pieds de long. Des Images 
colossales gisent par terre près du piédestal qui les supportait. Une statue de 
8 pieds de haut et du poids de 4 tonnes fut apportée en Angleterre, et se trouve 
maintenant au Musée britannique. Sur l'Ile de Tonga, il y a un curieux monu- 
ment formé de deux blocs rectangulaires de 40 pieds de haut autour duquel uv.e 
énorme plaque de pierre sert de piédestal à un immense bol de même matière 
Dans nie Ponape, une des Carolines, il y a de graiides ruines, dont la principale 
représente une espèce d'enclos de 300 pieds de longueur et dont les murs sont 
composés de prismes basaltiques. On trouve des ruines de moindre importance 
sur les Iles Ponape et Kusaie dans le même groupe. Dans les îles Larron et 
Voleur se dressent des colonnes de pierre hautes do 14 pieds, surmontées d'une 
pierre semi-globulaire de 6 pieds de diamètre. Dans les lies Senidoine se 
trouvent aussi des monuments gigantesques. (Condensé du Dominion lllustra- 
led, 6 décembre 1890.) 

I) . Entre Kalgan et Yucho, on voit des anciens mounds en groupes sur 
la plaine ou isolés sur des érainences. Ces derniers ressemblent à des tours à 
signaux, tandis que les premiers suggèrent l'idée de tombes, lis ont environ 30 
pieds de haut, sont de forme circulaire ou ovale et leurs groupes semblent for- 
tuits et sans idée préconçue." Mark Williams, Smithsonian Report, part. I, d. 
!107, KS8,5.| 



- 12 



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premiers archéologues américains, que Jes liens déjà découverts 
rattachant directement les Indiens aux peuples qui élevèrent ces 
monuments sont si nombreux et si solides que les deux prétendues 
races n'en font évidemment qu'une".') 

J'ai groupé, dans un autre essai"), une telle série de faits 
des plus authentiques en faveur de cette thèse, que je n'ai person- 
nellement pas l'ombre d'un doute qu'elle ne soit la seule vraie. 
Au fur et à mesure que les résultats des explorations dirigées par 
les spécialistes de Washington seront divulguées, je suis persuadé 
que, seuls, les esprits entichés de leurs idées préconçues pourront 
refuser de croire que, dans la plupart des cas, les mounds ont 
été élevés par les ancêtres immédiats des Indiens établis dans leur 
proximité lors de la découverte de leur pays. Or, comme ceux-ci 
appartiennent â des groupes ethnologiques différents, leurs travaux 
ne sauraient être invoqués comme faisant autorité en fait de clas- 
sifications raciales. 

Reste la mythologie. Sa place légitime dans l'estime de 
l'ethnographe ne peut être bien élevée; certains mythes sont, on 
le sait, d'une diffusion à peu prè universelle. Ensuite la théo- 
gonie même d'un peuple peut céder sous la pression latente 
exercée par des nations étrangères au moyen de migrations, de 
captivités ou de commiscégénation. J'ai observé moi-même quel- 
ques cas où la mythologie d'un peuple a été en grande partie 
empruntée à une tribu hétérogène. 

Mais remarquera le lecteur, quel peut être l'objet de ce qui 
précède à moins que ce ne soit de jeter le discrédit sur les dif- 
férentes sciences mentionnées? Loin de moi pareille présomption. 
Chacune d'elles a certainement sa sphère d'utilité; il arrive fré- 
quemment que la langue de quelque nation de l'antiquité nous 
est si complètement inconnue qu'on ne peut même hasarder la 
moindre supposition à son endroit, et alors l'archéologie est le 
seul moyen, tout imparfait qu'il soit, d'identifier une race. Il 
peut se faire aussi que l'apport de quelqu'une <" ces sciences peut, 
par la quantité de ses éléments ou leur impoitance exceptionnelle, 

1) Work in Mound Exploration of the Bureau o/ Ethnology, Washington 

p. 11, 1887. 

2) NoU^ archeotogical. industrial. commercial on the Western Dénis, 

Toronto, 1894. 



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4 



devenir, à défaut de tout autre témoignage, un véritable critérium 
de certitude ethnologique. Dans tous les cas, ces sciences jouis- 
sent d'une force corroborative qui n'est point à dédaigner. iVlais 
je dois répéter qu'aucune d'elles, prise séparément, ne peut passer 
pour un guide infaillible quand il s'agit de différencier ou d'identi- 
fier les races humaines. A la philologie seule est réservé le 
privilège de remplir ce rôle avec avantage, et ceci s'entend na- 
turellement des cas où, par ailleurs, tout document historique fait 
défaut.') 

C'est là, je crois, un fait à peu près reconnu en ce qui re- 
garde l'ethnologie américaine. Voici ce que dit le docteur Brinton 
des indigènes de l'Amérique: ,Ces stocks nous offrent, sans aucun 
doute, la base la plus sûre de la classification ethnique des tribus 
américaines, la seule base, en réalité, qui possède quelque valeur. 
Les efforts tentés jusqui'ici en vue d'établir une classification 
basée sur les limites géographiques, les particularités poli- 
tiques, les traits physiques des peuples, ou bien, sur la forme du 
crâne, ou relativement au degré de sauvagerie ou de civilisation, 
ont tous été sans résultats satisfaisants. O ne peut subdiviser 
la race qu'en prenant 1? linguistique pour guide. Une similarité 
d'idiome suppose généralement identité de descendance et uni- 
formité d'avantages psychiques. Sans doute, l'histoire du monde 
nous révèle plus d'une mutation forcée de la langue d'un peuple; 
mais cette imposition a toujours été accompagnée d'une infiltration 
de sang correspondante".^) 

Par race, le docteur Brinton entend ici l'agrégat des abori- 
gènes du nouveau monde. Par conséquent, la subdivision de race 
dont il parle équivaut à la classification primaire des Indiens en 
stocks distincts. 



(*• 



L hisloiie rapportant quelques rares exceptions, cette dernière restriction 
est nécessaire. La plus Importante de ces exceptions est celle de la nation juive, 
dont les membres perdirent leur k iome particulier lors de la captivité de R.-.bylone. 
A leur retour au pays de leurs ancêtres, leur langue devint le syrc-chaldaïquc, 
et, après les conquêtes d' Alexandre, le grec devint le dialecte familier aux per- 
sonnes Instruites et généralement aux habitants des villes. D'un autre côté, le 
fait qu'on ne peut reconnaître les restes des dix tribus à leur langage ne milite 
point contre ma thèse, puisque je parle de nations comme telles et non de bandes 
d'individus qui ont fini par être absorbées par les peuples au milieu desquels 
elles se sont établies. 

2) The American Race, p. 57. 



14 — 



Quant à la mutation du langage, elle peut s'effectuer de deux 
manières: premièrement par la violence, le droit de conquête et 
une législation coercitive, c'est le cas des Irlandais et des Polonais. 
Mais alors l'histoire relate généralement la raison de pareilles 
altérations linguistiques. Or, on doit se rappeler que ma thèse 
ne porte que sur les cas où tout document historique fait défaut. En 
second lieu, le dialecte national peut s'altérer de lui-même, se dés- 
agréger graduellement, insensiblement, par l'effet du temps, une 
croissance naturelle, un perfectionnement logique ou même ce que 
j'appellerai une sorte de persuasion morale exercée par le olus fort 
au détriment du plus faible. 

Pas n'est besoin de beaucoup d'érudition pour s'apercevoir 
que ces mutations linguistiques sont elles-mêmes le meilleur des 
critériums ethnologiques. Prenons, par exemple, les soi-disan 
idiomes romans; on peut facilement reconnaître dans leurs parties 
componentes des traces indubitables des divers stocks dont l'amal- 
game est devenu ce que nous appelons aujourd'hui les langues 
latines. Cette lâche est même plus facile encore relativement à 
l'anglais, qui est la preuve la plus péremptoire du sang saxon et 
normand c,ui coule dans les veines de la nation britannique. Dans 
de tels mélanges, les formes linguistiques accidentelles et les mots 
de moindre importance peuvent disparaître; les racines des dialectes 
primitifs resteront et se feront aisément reconnaître. 

La suprême importance de la philologie est donc éviL'ente. 
Qu'on me permette de la démontrer plus clairement encore, s'il 
est possible, à l'aide d'un exemple tiré de mon pays d'adoption. 
Inutile de parler ici de la manière dont les ethnographes américains 
ont découvert l'identité raciale des roauois et des Chérokees. r ■ 
n'est un secret pour personne, que dans ce cas comme dans tant 
'autres, la linguistique a fourni la clef qui a permis de résoudre 
le problème. Que le bienveillant lecteur veuille bien se reposer 
maintenant des excursions théoriques dans lesquelles je me suis 
permis de l'entraîner; nous allons étudier ensemble, dans les fas- 
cicles suivants, une des races américaines les plus intéressantes, 
je veux dire la race dénée. 



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